Krapotkine, Autour d'une vie
aient, ces derniers préparent tout de même leurs élèves à entrer un jour dans une de ces Universités allemandes que l'empereur Nicolas leur permet seules. Là, la couche française du début, déjà écaillée par tant de méthodes et d'influences diverses, risquera fort de disparaître sous un enduit définitif de germanisme.
Les gallophobes pourraient donc désarmer; pourtant, par habitude, ils continuent leurs attaques. L'archéologue Sakharof, pour avoir entendu deux outchitels « de race allemande» médire du passé russe, poursuit tous les maîtres étrangers des accusations les plus infamantes1; le comte Sollohoub affirme que la Grande Armée s'est vengée de son désastre « en laissant derrière elle une quantité innombrable de sous-officiers, d'infirmiers, de bottiers, qui nous ont gâté une génération presque entière2 »; Khomiakof enfin soutient la supériorité éducative, sur le français, du grec et du latin. « Parles langues modernes, le Russe désapprend sa langue; par les autres, il la sait mieux3 ». Il se peut, d'ailleurs, que cette opinion lui vienne de son précepteur français, un abbé grand humaniste.
Mais, comme jadis, les Français ont des défenseurs. « Après tout, répond Biélinski à Sollohoub, ces prisonniers avaient bien le droit, pour ne pas mourir de faim, d'exercer le métier que les Russes leur offraient4 ». Soit, mais l'exercent-ils consciencieusement? Oui, répondent la plupart des mémoiristes qui nous les montrent parfois disciplinaires brutaux5, mais souvent d'humeur agréable et de bon conseil; le fait d'avoir servi le grand Empereur leur donne un peu de l'autorité des émigrés, et ils n'en mésusent pas6. Il y a d'ailleurs plus élevé qu'eux dans