Œuvres, IX, p
5. Stankiévitch, Granovski et sa correspondance, I, pp. 6, 7.
6. Krapotkine, Autour d'une vie, pp. 15-17, 43, 45-49. — Messager d'Europe, 1903, janvier, souvenirs de Romanovitch-Slavatinski.
l'armée des outchitels. Herzen nous décrit les deux Lorrains qu'il a eus successivement, l'un, Bouchot, patriote et jacobin; l'autre, Marchai, plus doux, qui ne voudrait guillotiner que les romantiques1. Le premier a çu certainement de l'influence sur les convictions politiques de son élève; on n'ose affirmer que le second en ait eu sur son talent littéraire. Toujours est-il qu'il ne lui a pas gâté son russe ; pas plus que l'Alsacien Capet, ex-officier de la Garde, n'a gâté celui de Lermontof ; ou Marat de Boudry, celui de Pouchkine. C'est un fait remarquable que, jusqu'à Tolstoï, les meilleurs écrivains russes soient tous passés — Gogol mis à part — par l'éducation dont quelques-uns ont tant médit.
De son côté, le livre français est-il en recul? Au premier abord, on pourrait le croire. La Russie a maintenant des écrivains tels que Pouchkine, Griboiédof, Gogol, qui sont des maîtres; l'argument des gallomanes sur la stérilité des lettres russes ne vaut plus rien. D'autre part, nos classiques sont démodés, nos philosophes contestés ; toute une école d'hégéliens et de jeunes poètes flétrit leur esprit mesquin, et tandis que les salons élégants déplorent ou raillent « la décadence de notre littérature2 », nous voyons l'étudiant Granovski, chargé par ses cousines de leur envoyer des livres français, ne pas le faire sans s'excuser de son choix : « Est-ce de ma faute s'ils sont devenus si bêtes 3? »
On les lit pourtant, et d'abord par habitude : les gens âgés disent volontiers que, seuls, les caractères français ne leur fatiguent pas les yeux \ Puis leur bon marché relatif attire la jeunesse. « Vous voulez acheter Joukovski, c'est 45 roubles. Bigre! — Vous entrez alors chez le libraire français; vous y trouvez Goldsmith ou Sterne, au complet, avec notice biogra-*