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La Russie et les Russes, I, p

tinuent à être, selon l'expression de Viazemski, « le pain quotidien de la plus grande partie des lecteurs * » ; et Khomiakof constate que « la majorité, dans l 'intelligence , se contente encore de la vieille culture française2 ». La seule nouveauté, c'est que maintenant la Presse est l'oracle, ou jle National, ou, plus souvent, les Débats, Chose étrange! ceux-ci doivent leur vogue à leur russophobie. On assure que leurs articles agacent l'Empereur : comment alors ne pas les lire3? Il faudra leur « guizotisme » pour les démoder, et surtout le bruit, vers 1843, que le Constitutionnel étant réputé plus dangereux encore, la police secrète tient registre de ses abonnés russes. C'est là une réclame à laquelle rien ne résiste.

Le succès des quotidiens entraîne celui des revues. Celle des Deux Mondes est le fonds de la bibliothèque des décembristes, en Sibérie4; à Pétersbourg, le professeur Pletnief la trouve « merveilleuse», sans doute pour sa lucidité6. Les revues allemandes sont plus étoffées, mais nos écrivains expliquent mieux au grand public les questions du jour. Et le succès de leurs articles fait que tout naturellement on passe à leurs livres.

Vers 1830, Benjamin Constant et de Gérando ont pénétré jusqu'en Sibérie, toujours grâce aux décembristes 6. Un peu plus tard, Quinet a des admirateurs et des adversaires; Ampère, Lerminier, Villemain sont goûtés7; Jules Janin est porté aux nues : « C'est le vrai Français, bon garçon, sans prétentions, simple, babillard, naïf, amusant, souvent spirituel, souvent touchant8. » Nisard qui, à ce compte, n'est guère français, est

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