Œuvres de Herzen, III, p
6. Voir le récit de l'étudiant Biéliaief dans Un mois au Village, d'Ivan Tourguénief.
ce guide pratique de l'amour1 ». Malgré lui, la poldekokovtcJpina gagne les plus idéalistes; c'est en lisant Paul de Kock que Dostoievski2 et Tolstoï3 se forment leur idée du Français, et Biélinski lui-même finit par capituler, et louer « ce ïéniers de la bourgeoisie, ce vrai démocrate, le premier des romanciers français4 ».
Le second, c'est Balzac, « II est admirable, écrit Viazemski; son Père Goriot sue la réalité5. » La même année, Dostoievski le sacre génial : « Il est grandiose ; ses caractères sont la résultante de toute l'humanité. Ce n'est pas l'esprit d'un temps, mais de milliers d'années qui, par leur effort, ont amené l'âme humaine à ce dénouement6 ». Mais tout le monde n'a pas ce lyrisme; certains critiques sévères mettent Balzac au-dessous même de Paul de Kock. Ses Contes drolatiques sont, disent-ils, plus dégoûtants que ceux de Boccace; une femme n'a d'attrait, pour lui, que si elle trompe son mari, et ses comtesses valent ses grisettes7. Avec tout cela, il est ennuyeux, il est plat. La première fois que la jeune Grigorovitch rencontre Biélinski, la conversation tombe sur la traduction d'Eugénie Grandet, de Dostoievski, et tout de suite le maître éclate : « C'est un bourgeois, votre Balzac! Apportez-la moi, son Eugénie Grandet ! à chaque page, je vous ferai voir sa platitude8.» Mais, au fond, il lui en veut surtout pour la minutie satirique avec laquelle il a décrit la société d'Occident, à la grande joie des réactionnaires9. Nous touchons donc ici — comme tout à l'heure à
1. OEuvres, I, p. 422. — Id., pp. 435, 436. — Id., IV, pp. 419, 420.