‹ La Culture française en RussieChapitre 341 sur 518 · Biélinski, Œuvres, II, p · texte numérisé non relu

Biélinski, Œuvres, II, p

de lecteurs, si ce n'est dans les cercles littéraires, qui s'étonnent de leurs audaces, et les critiquent plus souvent qu'ils ne les louent. C'est dans un de ces cercles que Xavier Marmier est tombé quand il nous parle de Russes « qui connaissent nos poètes et les jugent avec une rare délicatesse », et aussi d'une «jolie Muse du Nord, à l'œil noir », qui récite si bien leurs vers que, si nos poètes pouvaient l'entendre, « ils ne désireraient pas un autre Panthéon1 ».

Il y a même des Russes qui font encore des vers français. A la vérité, les hommes ne se permettent plus que l'impromptu sans prétention — telles les strophes de Lermontof à Mme Hommaire du Hell2 — mais, parmi les dames, il y a nombre de candidates à ce titre de « Muse du Nord » que Marmier vient de décerner à la comtesse Marie Rostoptchine. Parmi elles, il faut citer Mme Villamova-Lanskaia, avec ses Mélanges littéraires dédiés à l'indulgence, Mlle Oulybychéva, avec la Sylphide poète, Etincelles et cendres, Mme Enguelgart-Novossiltsova, avec ses traductions de Pouchkine, etc. 3. Si quelques-uns de leurs vers sont détestables, beaucoup valent bien les meilleurs des vers latins que nous avons faits pendant tant d'années.

Il y a enfin des écrivains et des philosophes qui, comme les lettrés de la fin du siècle précédent, sentent toujours leur pensée plus à l'aise dans les formes françaises que dans celles de leur langue maternelle. « Soit dit entre nous, écrit Tchaadaief à Alexandre Tourguénief, je vous aime plus dans vos lettres françaises que dans les autres.... Vous y êtes plus vousmême4. » Ce même Tchaadaief avoue à Pouchkine que « la langue de l'Europe » lui est de beaucoup la plus familière, et le fait est qu'il a fallu traduire ses œuvres pour ses compa-

i. Lettres sur la Russie, pp. 178, 226. Citer pourtant le prince Mechtcherski.

Page 1