‹ La Culture française en RussieChapitre 342 sur 518 · Guerchenzône, Tchaadaief, sa vie, sa pensée, p · texte numérisé non relu

Guerchenzône, Tchaadaief, sa vie, sa pensée, p

triotes1. Ce français de quelques Russes est tel qu'il mérite souvent l'admiration des Français; Michelet ne donne pas trop dans l'hyperbole quand il écrit à Herzen qu'il le trouve « un des plus éminents écrivains en notre langue2 », et nous verrons qu'on en peut dire autant d'Ivan Tourguénief, dont la correspondance avec Mme Viardot3 commence déjà dans cette période, en 1843.

En définitive, s'il y a plus souvent qu'autrefois des gens du monde qui savent mal le français, c'est que, nouveau-venus dans la société, ils n'ont été les élèves que des maisons de l'État. Mais le nombre des « francophones » tie diminue pas; tout père qui a appris le français veut que ses enfants l'apprennent, et l'on se plaint déjà que la classe des marchands, autrefois indemne de cette manie des nobles, commence à en être atteinte4. D'autre part, ce français vaut bien celui du passé, en dépit des légendes qui, de génération en génération, exaltent « l'admirable parler » des grand'mères. Le seul indice de recul qu'on puisse noter tient tout entier dans les expressions que nous venons de voir employer à Tchaadaief. Son « soit dit entre nous » est une précaution oratoire pour faire passer un mot qui, jadis, n'aurait été qu'un compliment; sa « langue de l'Europe » nous fait rétrograder aux temps où l'on ne nous aimait pas encore pour nous-mêmes. En pratique, l'obligation de la culture française est toujours rigoureuse; mais on n'a plus en elle la confiance aveugle d'autrefois.

1. Œuvres choisies, publiées en français — c'est-à-dire dans le texte original, — par le P. Gagarine.

2. Messager d'Europe, 1908, avril, p. 545. Article de Vessélovski.

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