‹ La Culture française en RussieChapitre 345 sur 518 · Archive russe, 1876, X, pp · texte numérisé non relu

Archive russe, 1876, X, pp

quarante ans. Il faut donc autre chose aux Russes. « Nous autres, hommes du Nord, s'écrie Lounine, nous aimons ce qui touche l'âme, ce qui fait penser1. »

Cette forte nourriture des hommes du Nord, on songe d'abord à la trouver là où les Français eux-mêmes s'étaient nourris, chez les Anciens. Dès 1811, Khvostof conseillait aux Russes de s'attacher aux Grecs en sautant par-dessus nos classiques; en 1813, le jeune comte Ouvarof estime que la connaissance du monde antique est le seul moyen de ressusciter la littérature russe « alourdie par les chaînes du goût français »; en 1814, ce Gniéditch, dont nous avons déjà noté les fantaisies schillériennes, proclame la nécessité d'une étude approfondie des littératures, et grecque, et latine2. C'est donc, semble-t-il, l'humanisme qui va succéder à la gallomanie.

Mais sera-t-il une réaction suffisante? Bien ou mal, les Français ont suivi les Anciens : prendre le même chemin qu'eux, c'est remettre le pied dans leurs traces, d'autant plus inévitablement que la Russie ne connaît l'antiquité qu'à travers d'infidèles traductions françaises. D'autre part, ces gens du Midi sont-ils vraiment les guides qu'il faut à des hommes du Nord? Les Germains, arrivés à la civilisation longtemps après les Latins, ont un génie plus neuf, plus frais; leurs œuvres, même un peu barbares, sont mieux appropriées aux besoins d'un peuple qui sort à peine de la barbarie3. Il semble naturel, d'ailleurs, que l'alliance victorieuse qui vient de les unir aux Russes doive s'étendre même aux choses de l'esprit.

Mais il y a Germains et Germains; qui choisira-t-on, des Allemands ou des Anglo-Saxons? Vers 1815, les premiers manquent de prestige; ils n'ont fait, pendant la guerre, que

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