‹ La Culture française en RussieChapitre 346 sur 518 · Pouchkine, lettre à Gniéditch, 27 juin · texte numérisé non relu

Pouchkine, lettre à Gniéditch, 27 juin

traîner, tantôt derrière l'un, tantôt derrière l'autre, le sac où ils empilaient leur butin4; d'autre part, leur romantisme ne s'est plus renouvelé depuis le temps où Joukpvski l'a découvert. Les Anglais, eux, sont un des trois peuples qu'on peut estimer, en Europe, pour leur caractère national2, et leur littérature est d'une inépuisable fécondité. Hier, on connaissait Shakespeare, Ossian, les romanciers, les élégiaques de la fin du xvine siècle; maintenant que le blocus continental a pris fin, on découvre Walter Scott, et derrière lui, Byron. De Londres, Bloudof en envoie des fragments à Joukovski; Batiouchkof en entend réciter d'autres, à Naples, par ses amis anglais3; Viazemski et Tourguénief — en attendant la grande traduction française de Pichot — s'en envoient des strophes connues par hasard. C'est peu, et déjà ils sont ivres. « Byron ressuscite Joukovski, » écrit Tourguénief à Viazemski. « Je donnerais ma vie pour un de ses vers \ » répond celui-ci. « Napoléon et Byron renferment tout ce que je connais de grand ! » s'écrie le jeune poète Voulf 5. Et, comme il est entendu que la Russie ne peut rester en arrière, et qu'il lui faut un Byron, tous ses amis décident que Pouchkine sera ce « Byron russe » qu'elle attend.

Mais cette anglomanie n'est qu'un feu de paille. Peu à peu, on se retourne vers les Allemands pour leur demander, d'abord, la théorie du nouvel art. Nous avons déjà vu Mouraviof-Apostol s'inspirer des frères Schlegel ; un peu plus tard, Chévyref les remercie « d'avoir délivré la Russie de la tyrannie des Gaulois 6 ». Entre temps, on achève de faire connaissance avec leurs poètes. De 1802 à 1812, Joukovski avait traduit, pour quatre pièces

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