‹ La Culture française en RussieChapitre 347 sur 518 · Zamotine, ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Zamotine, ouvr. cité, p

françaises, sept pièces allemandes; de 1813 à 1817, la proportion est de deux à douze; de 1818 à 1821, de zéro à dix.

Parmi ces traductions, c'est Schiller qui domine; sa popularité est la seule, en ce temps, qui puisse rivaliser avec celle de Byron. La jeunesse l'apprend comme jadis Racine; quand Herzen rencontre pour la première fois le petit Ogariof , ils font assaut de vers de Schiller1; au mêpie âge, Dostoievski en lit tous les jours, en rêve la nuit2. La génération plus mûre n'est pas moins enthousiaste. « On nous joue Guillaume Tell mutilé, défiguré, écrit Viazemski à Tourguénief, et pourtant les larmes nous jaillissent des yeux, larmes saintes dont une seule vaut tous les torrents de pleurs versés jadis sur des Phèdre ou des Iphigénie3. » Voici les Français bien malades, et pourtant, si Schiller suscite de tels transports, c'est surtout par ce qu'il a conservé de l'esprit français du xvme siècle. On aime en lui « plus que le grand poète, le vrai défenseur de tous les grands intérêts de l'humanité4 », et sa popularité vient si bien de « sa protestation contre les vieilles conditions de la vie8 » qu'elle décroît le jour où, sous une autre influence, allemande elle aussi, ces « grands intérêts de l'humanité » passent au second plan des préoccupations.

Cette autre influence, celle des universités allemandes, est avant tout philosophique. Elle fait négliger Schiller; elle ferait oublier Gœthe, si son Faust ne prêtait à tant de controverses : le dieu nouveau, c'est Hegel. Chacun de ses aphorismes fait verser des torrents d'encre à des disciples qui le comprennent chacun à sa façon ; le fameux principe que « tout ce qui est réel est rationnel » est retourné en tout sens dans ces soirées où, sous la lueur de chandelles fumeuses, devant un samovar

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