Rivarol, L'universalité de la langue française
2. Biliarski, Matériaux pour la biographie de Lomonossof, p. 80.
voisins de l'Est; les autres « souffrent patiemment leurs turlupinades, pour ramasser leurs roubles4 ». Mais ce silence ne trompe personne : il n'est pas nécessaire que des lèvres allemandes s'entr'ouvrent pour que les Russes y lisent couramment « Ach! dièse Varvaren* ! »
Quelles que soient d'ailleurs les qualités de ces instituteurs, ils ont tous un grave défaut, c'est que leurs leçons ne dispensent pas d'en prendre d'autres. Le Russe sorti des mains de l'Italien ne comprendra ni l'Allemand, ni peut-être le Russe formé par l'Allemand; ils seront tous des étrangers pour l'élève de l'Anglais. Ce qu'il faut au Russe, c'est le maximum d'européanisme avec le minimum d'efforts; il n'a que faire de la langue qui le laissera muet dans les trois quarts de l'Europe. Jadis il avait cru que la langue des « honnêtes gens » de tous les pays, c'était celle de la «. slobode » allemande de Moscou. Maintenant qu'il a constaté que l'Europe n'est pas une suite de « slobodes », il lui faut une autre langue internationale, mais laquelle3?
Nous savons déjà que les envoyés de Pierre le Grand ont trouvé le français en usage dans la plupart des cours, et nous les avons vus se mettre eux-mêmes à son étude4. Plus le siècle avance, plus cette prédominance de notre langue s'affirme; partie pour des causes politiques, prestige de la puissance française, fortune des maisons de Bourbon et de Lorraine, partie par l'éclat de notre littérature, le français devient ce que le latin avait été pour l'Europe jusqu'au xvne siècle. Même à Pétersbourg, vers 1760, il est la langue internationale des colonies européennes8. Il faut donc que les Russes le sachent, pour com-