‹ La Culture française en RussieChapitre 351 sur 518 · Id., p · texte numérisé non relu

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Que dire, après cela, des leçons que la Russie pourrait recevoir des Français? Si vous voulez juger de ce qu'elles produisent, regardez Heine. Il y a deux parts en lui; l'une, qui lui vient de France, est superficielle et cynique ; Fautre retient en ses profondeurs la sincérité grave et pieuse de l'âme allemande *. Or, les Russes sont comme Heine; ils ont commencé par emprunter aux Français les modes, le Champagne, la frivolité des salons; mais heureusement ils ont aussi des profondeurs intactes, où reposent des germes exactement pareils à ceux dont la candeur et la patience des Allemands font sortir de si beaux fruits 2. L'avenir de la Russie est donc dans son rapprochement avec l'Allemagne, et d'ores et déjà, Biélinski annonce la fin des influences françaises3. Il se peut que les gens du monde parlent français; qu'en résulte-t-il pour la vraie pensée russe? Il se peut aussi qu'on importe en Russie beaucoup plus de livres français que d'autres, que Paul de Kock soit plus lu que Gœthe, mais cela prouve, non que les Russes n'ont pas l'âme allemande, mais simplement qu'ils sont insuffisamment cultivés. Avec un effort, ils se hausseront jusqu'à Gœthe, et dès lors ils seront les vrais Européens, « Ceux de là-bas ne peuvent se comprendre les uns les autres; tandis que nous, Russes, nous accédons aussi facilement à la sociabilité des Français qu'à l'activité pratique des Anglais, qu'à la philosophie nuageuse des Allemands *. »

Ces opinions, il y a eu peu d'hommes, dans la Russie cultivée de ce temps, qui ne les aient partagées à un moment; peu d'écrivains qui n'en aient gardé quelque chose. Voilà Gogol, qui est slavophile et mystique : la plus timide suggestion que la civilisation peut encore attendre quelque chose des Français le met hors de

i. Vessine, Le Journalisme russe, p. 376.

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