Joseph Texte, Études de littérature européenne, p
poètes et nos philosophes furent amenés à la négation de Fart français1 ».
Il serait facile de démontrer qu'à chaque progrès du romantisme russe correspond une impulsion française. Le rôle de Mme de Staël dans « les années dix » est joué, dans la période suivante, par Benjamin Constant, qui proclame que « Schiller est plein d'idées neuves et lumineuses 2 » ; par Pictet, qui démontre la supériorité du romantisme sur tou^ ce qui l'a précédé3; par Stendhal, qui immole Racine à Shakespeare4; par Yillemain, qui commente et admire Hegel5. Les Russes les lisent tous, et si quelques-uns parlent d'un recul de l'influence française, d'autres rendent hommage à cette faculté d'assimilation qui contraste si fort avec l'étroitesse routinière dont les Allemands nous accusent. « Avec quelle facilité, quelle sociabilité, s'écrie Marlinski, l'esprit français s'empare-t-il des productions de la littérature de partout! La Chine et l'Angleterre, l'Inde et la Germanie, l'Arabie et l'Espagne, l'Afrique et l'Italie, la Russie et l'Amérique du Nord, tout paye tribut au travail et à l'activité des Français 6. »
Aussi, les cris des romantiques ne font-ils pas oublier à la Russie ce qu'elle a pu devoir, dans le passé, à nos « grêles accords ». « L'œuvre des classiques français a été la matrice dont est sortie notre littérature7 », constate Viazemski; les vieux lettrés continuent à traduire nos classiques, et les jeunes, une fois que la première ardeur de leur romantisme est passée,