‹ La Culture française en RussieChapitre 356 sur 518 · Lettre à A. Tourguénief, Archive d'Ostajïévo, II, p · texte numérisé non relu

Lettre à A. Tourguénief, Archive d'Ostajïévo, II, p

s'aperçoivent qu'il n'y a pas un si profond abîme entre leur goût et celui des adorateurs de Mlle Georges. « Tu me dis, écrit Dostoievski à son frère, que Corneille et Racine ne peuvent nous plaire parce que chez eux la forme est mauvaise; tu demandes s'ils ont eu vraiment de la poésie? Misérable! pas de poésie dans Racine!... Mais as-tu lu Andromaque? as-tu lu Iphigénie? et Phèdre donc?... Et Corneille! sais-tu qu'il est presque Shakespeare?... Tu n'as qu'une réponse à tout, « la forme classique ». Mais as-tu lu Cinna? as-tu lu le Cid? Lis-le, misérable, et tombe en poussière... Que demande donc le romantisme si ses idées les plus élevées ne sont pas dans le Cid1? »

Il se peut que nos poètes du xvme siècle et ceux du début du xixe soient pâles à côté de leurs rivaux étrangers. « Imagine-t-on, remarque M. de Vogué, à l'aurore du romantisme européen, entre Byron et Shelley, Gœthe et Schiller, l'esprit français représenté par Esménard et Lebrun-Pindare 2 ? » Sans doute, mais il n'a pas été longtemps représenté que par eux. Casimir Delavigne débute; on l'apprécie au moins pour les motifs civiques, historiques, politiques de son œuvre, pour la figure de Napoléon dans les Messéniennes*. Puis Béranger soulève des transports d'enthousiasme. « Il est le tsar de la poésie française, s'écrie Biélinski.... Dans ses chants il y a l'esprit, la gaîté, le vin, la politique; de temps en temps, et comme une étincelle, une pensée humaine, un sentiment profond, enthousiaste, tout cela imprégné d'insouciance.... C'est bien la poésie du Français 4 ! »

La poésie d'André Chénier ne plaît pas autant, au début, parce qu'on ne sait à qui l'attribuer, au Français ou au Grec, au classique ou au romantique; il n'y a guère à la goûter, semblet— il, que les poètes qui s'en inspirent et parfois le traduisent,

1. Lettre de 1840, Correspondance de Dostoievski, trad. Bienstoek, p. 37.

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