Histoire et poésie, p
3 Viazemski à Tourguénief, 20 mars 1820. 4. Biélinski, 1836. Œuvres, II, p. 120.
Pouchkine, Toutchef , Marie Rostopchine \ Un doute d'un autre ordre nuit à Chateaubriand : Biélinski lui reproche de n'avoir été qu'un ce brave homme », tandis que la masse du public le tient en méfiance pour son catholicisme2; orthodoxes ou sceptiques sont également indifférents ou hostiles à sa ferveur religieuse. « René mis à part, rien ne me touche en lui3, » dit Pouchkine, et le fait est que, seul, René a du succès; plusieurs traductions s'en épuisent rapidement4, et les romantiques finissent par s'apercevoir, dans les années trente, qu'il a été le prototype de la plupart de leurs désespérés.
Enfin paraissent les romantiques proprement dits, et la Russie s'intéresse fort à leurs débuts; Pouchkine regrette de ne pouvoir assister aux grandes batailles à'Hernani*. Mais l'intérêt ne va pas jusqu'à l'enthousiasme; tant s'en faut! « Les vers des romantiques français sont insupportables, écrit Viazemski.... Levers français ne peut être que racinien6. » Encore s'ils avaient un sens, ces vers insupportables, mais en voilà de Quinet qui sont extravagants7! Là-dessus, Biélinski traite Vigny de « petit grand homme », et l'accuse de vouloir ramener l'Europe à la bigoterie du moyen âge8. Puis Victor Hugo est trouvé plus artificiel que les pires classiques, du moins dans son théâtre; quant à sa poésie lyrique, Dostoievski est à peu près le seul à la placer très haut, « tout à côté d'Homère9 », et ce n'est pas pour insinuer que, si l'un sommeille parfois, l'autre ronfle souvent. A Lamartine on reproche « ses larmes inépuisables, son demi-million de revenus, son auréole de carton doré, ses
î. Georges Vessélovski, Esquisses littéraires, pp. 151-181.
2. Cf. Petit de Julleville, Histoire de la littérature française, VIII, p. 665.