‹ La Culture française en RussieChapitre 359 sur 518 · Archive d'Ostafiévo · texte numérisé non relu

Archive d'Ostafiévo

7. Archive d'Ostafiévo, III, p. 289. — Cf. Maïkof, Pouchkine. Souvenirs de Ghévyref, p. 352.

Les causes de cette admiration se laissent aisément deviner. Auprès de tous les étrangers, auprès des Russes comme auprès de Heine qui l'appelait « le premier poète lyrique de la France i », Musset triomphe de nos autres romantiques parce que, même dans leurs sujets, il garde une allure plus conforme à la tradition française; parce que, comme Béranger, il a« l'esprit, la gaîté, et, de temps en temps, comme une étincelle2... » et aussi, plus que lui, la forme claire et vive de nos poètes du xviii6 siècle. Or, toute l'éducation des Russes les a préparés à voir dans cette forme l'idéal de l'art. Dans une étude sur Voltaire, après en avoir cité quelques vers,

Je renonce aux lauriers si vains Qu'à Paris j'aimais trop peut-être; Je me suis trop piqué les mains Aux épines qu'ils ont fait naître3...

Pouchkine s'excuse d'être assez « arriéré » pour y trouver <:< plus de vie et de pensée que dans une demi-douzaine de longues poésies françaises d'à présent, où les idées sont remplacées par des expressions torturées, la claire langue de Voltaire par la langue enflée de Ronsard; sa vivacité — par une monotonie insupportable; son esprit — par le cynisme ou par une mélancolie froide4 ». L'insuccès ou le demi-succès des rivaux de Musset s'explique donc, non par un recul de la gallomanie des Russes, mais, au contraire, par leur hésitation devant des écrivains qui leur semblent, selon l'expression de Baratynski, s'être glissés dans la peau d'autrui 5. La Russie, elle, reste fidèle au passé; en poésie comme en étiquette mondaine, elle est « vieille France ».

Mais justement ce genre « vieille France » est celui que la

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