‹ La Culture française en RussieChapitre 362 sur 518 · Eugène Oniéguine, ch. iv · texte numérisé non relu

Eugène Oniéguine, ch. iv

a si bien foulé aux pieds « les sacro-saintes unités de temps et de lieu » que le drame projeté a tourné en chronique historique, d'ailleurs fort émouvante. Or, il s'y est souvent souvenu des Français, et même du « marquis Racine ». La conversation des boïars Chouïski et Vorotynsky, au début du poème, c'est celle d'Abner et de Mathan au début iïAthalie. Les remords de Boris, arrivé au trône par un crime, font pendant, non à ceux d'Athalie, — elle n'en a pas, — du moins à ses craintes. L'un et l'autre, ils sont poursuivis par des songes de mauvais augure : Boris voit l'enfant qu'il a fait tuer; Athalie, celui dont elle sera victime. Quand enfin la fatalité frappe Boris, qu'il sent sa fin prochaine, il devient, pour son fils, Joad enseignant à Joas les devoirs d'un roi ; ce sont les mêmes exhortations à la vertu, à la bonté, avec cette différence que Boris est plus précis; ce n'est pas seulement la loi divine qui parle par sa bouche, mais aussi l'expérience de l'aventurier qui, parti de bas, a conquis un

trône1.

C'est assurément une belle revanche pour Racine que d'avoir ainsi hanté Pouchkine dans le drame qui devait clore la « période racinienne » du théâtre russe. On pourrait encore le { etrouver dans d'autres œuvres de Pouchkine, mais est-il besoin de ces rapprochements pour démontrer que le poète russe est toujours resté le disciple des maîtres de sa jeunesse : quatre lignes ou quatre vers de lui suffisent pour en avertir le lecteur. « Il prétend que c'est Voltaire qui lui a appris à écrire, » rapporte Mme Smirnova2, et, en effet, il a la phrase courte et dégagée de notre xvuie siècle; c'est elle qu'il propose en modèle à tous les prosateurs russes. « Tu as bien fait, écrit-il à Viazemski, de prendre la défense des gallicismes... Il faudra bien que notre langue abstraite se forme à l'exemple du français, de celui de

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