‹ La Culture française en RussieChapitre 363 sur 518 · Mémoires · texte numérisé non relu

Mémoires

la prose claire et précise, de la langue des pensées1. » Quant à son vers, il fait penser souvent à tel ou tel de nos poètes : n'est-elle pas un peu de Chénier, cette strophe écrite sur la côte de Crimée, que nous traduisons mot à mot?

Du sein des flots d'azur qui baignent la Tauride, Au lever du soleil, j'ai vu la Néréide, Gomme un cygne, élever son buste éblouissant, Et tordre des deux mains son chignon ruisselant2.

D'autres fois, ce sont des vers de Voltaire, de Parny, vôire de Béranger, qui ont chanté dans sa mémoire. Chez lui, le moule est de chez nous, et c'est sans doute pour cela que sa pensée nous est si facilement accessible. Le travail de débroussaillement qu'il nous faut faire avec d'autres, il Ta fait pour nous, avant d'écrire.

Lermontof est déjà plus loin de nous; grandi dans un air tout imprégné de romantisme, il ignorait notre xvne siècle, dont on ne trouve aucun écho dans son œuvre, et à peu près autant le xvme : adolescent, il a lu la Nouvelle Héloïse, mais il lui a préféré Werther. Plus tard, il a goûté Chénier, et plus encore Chateaubriand. Il a rêvé d'une tragédie à'Atala; et, dans un nouveau Prisonnier du Caucase, il a refait, après Pouchkine, un Chactas russe et une Céluta tcherkesse. Dans divers endroits de ses œuvres, on a relevé des paraphrases de mots fameux de Chateaubriand, sur ces autels renversés qui réclament encore des sacrifices, ou sur le crocodile du puits de la savane Olachna. Mais, pour constater une véritable influence, il faut aller à Victor Hugo, Musset, surtout à Vigny3.

La ressemblance n'est pas fortuite entre les Adieux de l'hôtesse arabe, dans les Orientales, et ceux, dans Lermontof, d'une

Page 1