‹ La Culture française en RussieChapitre 365 sur 518 · Le Roman russe, p · texte numérisé non relu

Le Roman russe, p

pour la première fois, en 1829. Mais dans le courant de 1830, Eloa lui arrive, et aussitôt il s'en inspire : dans la seconde rédaction du Démon, en 1830, la jeune fille redoute l'enfer, si elle cède à l'amour qui la sollicite : « Qu'importe! lui répond le Démon, tu y seras avec moi ! ». — « Qu'importe, si tu m'aimes ! » avait-il répondu dans Vigny. Puis, dans des rédactions postérieures, le rapprochement s'accentue. La tristesse du Démon devient, dans Lermontof comme dans Vigny, son plus puissant moyen de séduction, son arme contre les craintes qu'éveille son amour mystérieux, craintes qui sont, dans l'un et l'autre poème, exprimées et combattues de même façon. « Qui es-tu? demandent Eloa et Tamara au séducteur. — Je suis, répond-il dans Lermontof, celui que tu écoutais dans le silence de la nuit, celui dont la pensée, comme un murmure, parlait à ton àme.... » Le Satan de Vigny avait parlé à peu près de même :

Je suis celui qu'on aime et qu'on ne connaît pas,

C'est moi qui fais parler l'épouse dans ses songes ;

La jeune fille heureuse apprend d'heureux mensonges.

Sur quoi ils expliquent, l'un et l'autre, que leur amour est prédestiné, fatal. « Dans mon âme, dit le Démon de Lermontof, dès l'origine du monde fut gravée ton image; elle passait devant moi dans les solitudes de l'éther éternel. »

Je t'ai bien méritée, et dès longtemps je t'aime ;

Je ne sais, mais depuis l'heure qui te vit naître, Dans tout être créé j'ai cru te reconnaître l,

dit plus simplement le Démon français.

On pourrait continuer le parallèle sans d'ailleurs empêcher que dans l'un des poèmes, le personnage essentiel ne soit le Démon, et dans l'autre, sa victime. En fait, dans le romantisme

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