Eloa
russe, les conceptions générales s'écartent des nôtres; mais, quand il en est à l'exécution, l'écrivain russe cherche et trouve presque toujours une œuvre française qui lui sert, sinon de modèle, du moins de support, et cela, parfois, sans qu'il s'en doute.
Avec Lermontof, le romantisme russe finit brusquement : « sous l'influence de Gogol », dit Biélinski. Or, Gogol, nous le savons déjà, était volontiers gallophobe * : s'ensuit-il que son œuvre soit vierge de souvenirs français? Certains mots de l'Anna Andréievna du Revizor nous font penser à la Madelon des Précieuses ridicules; on sait, d'autre part, que, sur le conseil de Pouchkine, Gogol a lu et relu Molière; il a d'ailleurs rendu hommage à l'art qui savait « développer les caractères avec tant de plénitude et les creuser si profondément2 ». Si, d'autre part, en ramenant la littérature à des sujets purement nationaux, il l'a écartée de l'Europe, ce ne sont pas les Français qui en ont le plus souffert. En faisant de la réalité russe et de ses taches le sujet de la nouvelle école, Gogol menait celle-ci à la recherche des moyens de transformer cette réalité. Or, qui donc, en Europe, tenait boutique de réformes?
1. A. Vessélovski, L'influence occidentale dans la littérature russe, p. 192.