‹ La Culture française en RussieChapitre 370 sur 518 · Annenkof, Esquisses et souvenirs, III, p · texte numérisé non relu

Annenkof, Esquisses et souvenirs, III, p

Son disciple, Ivan Tourguénief, a l'âme plus douce ; il s'installe aussi aux Tuileries, mais s'y tourne d'un autre côté. « J'y regarde jouer une foule d'enfants, tous charmants comme des amours, et si coquettement habillés!... Leurs caresses gravement enfantines, leurs petites joues roses mordillées par le premier froid de l'hiver, l'air placide et bon des bonnes, le soleil rouge à travers les grands marronniers, ces statues, ces eaux dormantes, la majestueuse couleur gris cendre des Tuileries, tout cela me plaît infiniment, me repose et me rafraîchit.... J'y rêve, non pas à l'allemande, mais à la française, à ce que j'ai fait, à ce que je vais faire. » Et le résultat de ces rêveries, c'est plusieurs des Récits d'un Chasseur *.

Mais le Russe qui, à Paris, rêve et travaille, est un oiseau rare; presque toujours la foule l'entraîne dans son mouvement. Il s'amuse des inventions des déguenillés, des petits métiers d'une foule d'officieux 2, de cette familiarité qui rapproche les classes. « Il semble que l'on soit tombé dans une grande famille, au milieu de frères, de sœurs, de cousins, d'amis d'enfance qui bavardent sans souci du décorum 3. » Mais, pardessus tout, il s'intéresse à la Parisienne, à son art de renouveler la mode et de l'adapter à son type4; à sa beauté enfin Gogol la dépeint aérienne, ailée, « avec ses formes à peine saillantes, ses petits pieds, le feu de ses yeux8 ». Stroief regrette qu'elle n'ait pas « l'ampleur voluptueuse des formes de la Russe », mais ajoute que « son pied ferait envie à n'importe quelle milady 6 », et peut-être aussi à quelques Russes; Pouchkine a dit quelque part qu'on aurait peine à trouver, dans tout Pétersbourg, deux paires de jolis pieds. Mais n'est-ce

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