Stroief, ouvr. cité, pp
pas là une légende, et cette supériorité de la Parisienne sur la Russe est-elle si certaine? Voici justement Herzen qui constate que cette beauté un peu menue fait penser à celle des femmes de l'aristocratie slave; c'est le même charme d'élégance et de finesse1. En définitive, nos visiteurs ne sont d'accord que sur l'esprit de la Parisienne : « elle est coquette et sait en profiter » , et aussi sur sa légèreté. « Tromper un homme, en aimer un autre, ce n'est pas plus, pour elle, que de boire un verre d'eau2 », dit Stroief, qui ajoute aussitôt, sans remarquer la contradiction, qu'en passant sur le pont des Arts, il a vu souvent « retirer de l'eaules malheureuses victimes de l'amour déçu ». Le mieux est donc de vous renseigner par vous-même et, pour cela, de connaître une grisetka. Elles sont telles que Paul de Kock les a dépeintes, jeunes, jolies, aimantes, alertes; pour une place au théâtre, pour un costume de bal masqué, elles donnent leur âme et le reste. Jamais, d'ailleurs, elles n'acceptent d'argent; elles gardent leur parole saintement, mais refusent de se marier : « c'est là leur principe absolu3 ». Heureux le Russe qui, égaré à la Grande Chaumière ou dans tout autre paradis de ce genre, y rencontre une grisette et peut s'en faire un professeur et d'amour et de conversation française!
A ces leçons, d'autres préfèrent celles du théâtre, mais ils y apportent, souvent, un esprit critique que la génération précédente n'avait pas connu. Aux Français, ils trouvent qu'aucun acteur ne vaut Karatyghine \ et que Rachel n'a pas justifié les espérances des classiques 5 ; aux Italiens ou à l'Opéra-Comique, ils déclarent, avec Ivan Tourguénief, qu'à Paris, « en fait de
1. Herzen, Lettres de France et d'Italie, Œuvres, IV, pp. 177, 178.