‹ La Culture française en RussieChapitre 374 sur 518 · Stroief, ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Stroief, ouvr. cité, p

dans une robe de flanelle blanche que surmonte un capuchon groseille à gland d'or1. Le seul qui soit simple et modeste, c'est Victor Hugo. A Botkine, qui ose le déranger pendant son déjeuner — lui, Fauteur de Notre-Dame de Parisl — il adresse des questions gracieuses sur la poésie russe; puis, sans se faire prier, il dépose sa fourchette pour rédiger cet autographe : « Qui speratvivitl » et signer : Victor Hugo2. Tout ce qu'on peut lui reprocher, ce sont des illusions sur son génie politique, ce J'aime fort votre empereur Nicolas, dit-il à Viazemski; mais, si j'étais à sa place,' moi, voici ce que je ferais 3.... » Viazemski n'ose en dire plus, et c'est grand dommage : gageons que Victor Hugo a refait le monologue de Charles-Quint dans Hernani et commencé par la clémence envers les Polonais.

Il y a enfin , dans les années qui précèdent immédiatement 1848, nombre de voyageurs portés aux mêmes illusions que notre poète et qui viennent à Paris surtout pour y politiquer. Parmi eux, il y a d'inoffensifs bavards, qui se font croire que leur ingrate patrie leur a fermé ses portes, et que le Préfet de Police les surveille de près : toujours inquiets — et comment ne pas l'être quand on porte les destinées de la Russie? — ils passent leur temps à courir de chez Proudhon au ministère de l'Intérieur, pour savoir si on ne va pas les expulser : ce serait glorieux, mais gênant* ! D'autres sont de vrais révolutionnaires. Voilà Bakounine qui est passé récemment de Hegel à Stirner, du conservatisme enragé à l'anarchisme : il n'y a donc plus de sain pour lui que le climat de Paris. Il y vient, connaît Chopin, George Sand, Lamennais, Proudhon, qu'il étonne tous; jamais ils n'ont rencontré un mélange si explosif de politique et de philosophie.

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