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« tout y est gigantesque, dit-il, la cupidité, la débauche, la frivolité, exactement comme l'élaboration des idées, des sciences, comme les élans généreux. Se reconnaître dans ce tourbillon, c'est très difficile *. » D'autres sont rebutés par les agitations de la politique. Gogol s'irrite de voir qu'elle préoccupe les Français plus que la littérature et l'art; puisqu'elle est vide, cette politique, il faut bien que leur tête le soit aussi2. Le fait est que, si l'esprit français éblouit au premier abord, « il se vide, en un seul jour, jusqu'à la dernière goutte... Le lendemain, même chez le Français auquel on ne peut refuser l'estime, c'est un néant effroyable 3 ». Ce qui veut dire, sans doute, que Gogol n'a trouvé chez nous ni les rêves qui l'agitent, ni son goût russe des interminables discussions, ni l'habitude d'y faire intervenir ces raisons générales, mystiques, si chères aux Russes de tous les temps.
Ce goût et cette habitude expliquent pourquoi ceux qui sont les plus éloignés de Gogol — ceux justement qui font delà politique leur premier intérêt — jugent des Français à peu près comme lui. Habitués aux spéculations que rien ne gêne, puisque la Russie n'a pas de vie politique, ils trouvent que les Français s'arrêtent sans cesse à des considérations mesquines ; que, préoccupés d'intérêts étroits, ils ne voient plus l'ampleur des problèmes mondiaux; qu'ils manquent donc à leur vocation historique, qui est de révolutionner le monde, et cela non seulement par myopie intellectuelle, mais peut-être aussi par bassesse de caractère. Leur classe dirigeante d'à présent, la bourgeoisie, n'a ni les vertus de l'aristocratie, qu'elle a ruinée, ni la générosité du peuple, qu'elle dupe; elle exploite sa puissance de la façon la plus cynique, « La corruption est partout, écrit Herzen; elle est dans le corps législatif, dans la littérature, dans la presse, lafamille3. »