Gogol, Rome. — Cf. Annenkof et ses amis, p
3. Lettres au Contemporain, 1847. Œuvres complètes, IV, pp. 144-190.
Il ne fait de réserves qu'en faveur des ouvriers qui ont seuls, dit-il, conservé la bonhomie, le respect de la femme, l'amour des enfants. Comment sait-il, d'ailleurs, que ces vertus n'existent plus chez les bourgeois? Évidemment, par ses promenades sur le boulevard; par ses amis, tous bohèmes de la littérature et de la politique; par les calembredaines des petits journaux, par celles enfin des voyants socialistes et des Allemands dont il s'était entiché jadis1.
Les lettres où il contait ces nouveautés furent assez mal accueillies en Russie. Granovski, alors à ses débuts dans le professorat, les jugea spirituelles, mais vides : « c'est comme cela que les Français écrivent sur la Russie2 ». Botkine remarqua, de son côté, que « cette lettre aurait pu être écrite par un Allemand... » ; qu'il n'est pas sage de juger d'un pays « avec cet air de matador » ; que, si la littérature française est grivoise, ce n'est peut-être pas la faute des bourgeois français, et qu'après tout, la Russie serait bien heureuse d'en avoir de semblables3. Avait-il raison? Autant Herzen était brillant, autant Botkine Tétait peu ; son amour de l'Opéra et du restaurant Brébant lui enlevait toute autorité aux yeux des idéalistes qui étaient en train de conquérir la Russie. Il fut donc renvoyé à son rang, dans le troupeau d'Epicure, et nous entendrons tous les écrivains de la génération suivante répéter les propos de Herzen.