‹ La Culture française en RussieChapitre 38 sur 518 · Mémoires secrets, p. 92 (édit. Barrière · texte numérisé non relu

Mémoires secrets, p. 92 (édit. Barrière

Cette aptitude universelle a ses inconvénients; d'avatar en avatar , on glisse dans les métiers interlopes . Le chevalier Brelan de la Brelandière, que ses mauvais vers ne nourrissent plus, joint à leur confection celle de la fausse monnaie *. « La Brelan », sans doute sa parente, est la maîtresse de Zotof ; « la Neubry » cumule dans diverses maisons le gouvernement des petites filles et celui de leurs papas; chez le comte Chérémétief, trône une Parisienne « qu'il a trouvée sur le trottoir de la rue Saint-Honoré 2 ». De ces Parisiennes, on en voit partout, venues avec leur « gentilhomme servant », ou, parfois avec un Russe qui, en cours de route, s'est éclipsé 3. Encore ne sontelles pas le pire : que penser du « petit Pernon » , joli cavalier que le roi de Suède a « fort distingué4 », et dont les pas timides sont guidés, à Pétersbourg, par le chevalier du Barry, beau-frère de la favorite, le chevalier de Cereste et le chevalier de Portalis5? Hélas! Bernardin de Saint-Pierre luimême a dû se baptiser « chevalier » ; il faut au moins ce titre, à Pétersbourg, pour ne pas se perdre dans la plèbe des précepteurs, des laquais et des cuisiniers.

En fait, cette plèbe vaut mieux que les chevaliers ; ses défauts sont de ceux qu'on pardonne plus aisément. Si quelques cuisiniers font danser l'anse du panier, personne, en Russie, ne s'en scandalise, et d'ailleurs, ce qu'ils en font, c'est pour s'établir à leur compte et régaler un plus large public. Dès 1723, Pétersbourg a son auberge française; sous Catherine II, il y en a une aussi à Moscou. Corberon y loge, avec l'ambassadeur de France, chez un certain Dauphiné dans « un grand cabarettripot, où il n'y avait pas un seul lit 6 ». Plus tard il mentionne

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