‹ La Culture française en RussieChapitre 380 sur 518 · Mémoires, p · texte numérisé non relu

Mémoires, p

2. Messager historique, octobre 1906, Mémoires de Khoudiakof.

3. Sémevski, Le mouvement social dans la première moitié du XIXe siècle, pp. 63 et suiv.

restait beaucoup de libéraux échappés aux poursuites; mais, à vrai dire, pas les plus courageux. Herzen en a [décrit plusieurs et notamment un certain prince B..., élevé à Paris, riche, spirituel, jadis détenu quelques semaines dans la forteresse des Saints Pierre et Paul, ce qui lui vaut un grand prestige. Il a, dans son bureau, les portraits de tous les révoltés de marque, de Hampden à Armand Carrel, et derrière cet « iconostase révolutionnaire », une bibliothèque de livres assortis1. Il passe donc, dans le monde, pour un conspirateur dangereux : mais la police sait fort bien que les raisons qui l'ont retenu en décembre 1825 le retiendront toujours; il est dangereux tout juste comme le Répétilof décrit par Griboiédof 2.

Moins en vue, mais plus actifs sont les outchitels qui continuent sur leurs élèves l'œuvre de leurs confrères du xvme siècle. Les uns sont des Russes, pour la plupart étudiants improvisés pédagogues; ils sont fort écoutés quand ils apportent à leurs élèves les poésies défendues par la censure politique3. Les autres sont des Français que les souvenirs de la Révolution et de la Grande Armée revêtent d'un prestige pas toujours mérité. Le prince Krapotkine estime son M. Poulain, ex-grognard et grand démocrate4; Granovski, le M. Joniaud dont les phrases sonores l'ont enthousiasmé. « C'était là des idées de civilisé; quelle différence avec tout ce qu'on entendait à Pogoriéletz 5 ! » Herzen enfin goûte M. Bouchot, de Metz, avec sa physionomie impassible, son grand nez, la réserve méprisante dont il sort subitement, pour approuver l'exécution de Louis XVI6. Français et Russes, tous ces maîtres justifient le mot de Krapotkine, qu'il n'est pas en Russie d'homme de quelque

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