‹ La Culture française en RussieChapitre 382 sur 518 · Voir préface de CromwelU · texte numérisé non relu

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tions, ils les incarnent dans des personnages de roman, qui, d'une part, exaltent les rêves illimités de l'avenir, et, de l'autre, accablent le présent des sarcasmes les plus amers. Rêves mystiques et peintures satiriques ont sur l'imagination russe un attrait qu'augmente encore la forme romanesque; comment ne pas suivre un héros si bien tourné?

Voici les Mystères de Paris, d'Eugène Sue. « On en parle partout, constate Biélinski en 1839... nos revues lancent des phrases sur leur génialité, sans d'ailleurs l'expliquer1.... » Vers 1847 seulement, il la comprend. « Ce livre n'est que le développement d'un mélodrame.... Son héros est impossible, son héroïne pas naturelle... l'épilogue est surprenant de banalité et d'emphase », mais tout cela est racheté par des tableaux fidèles de la société contemporaine, par des instincts nobles, par l'amour de l'humanité; en définitive, « ces pages sont marquées du cachet d'un haut talent2. » On lit donc Eugène Sue, et d'autant plus que la censure ne songe pas à l'arrêter : ce qu'il attaque, n'est-ce pas cette France de Louis-Philippe qu'il est du bon ton officiel de traîner dans la boue?

Victor Hugo, lui aussi, est beaucoup lu, moins pour son génie et son romantisme que pour certaines tendances. Il n'est pas exact que, comme on l'a dit parfois, la Russie de ce temps ne les ait pas remarquées : comment aurait-elle pu les ignorer, alors que la presse conservatrice ne cessait de dénoncer et ses héroïnes infidèles ou incestueuses, et ses enfants naturels, et ses parricides3, et surtout ses incitations malsaines aux misérables? « Il ferait mieux de leur apprendre à travailler. Mais le culte du pauvre, avec son incapacité et sa paresse, est à la mode parmi les écrivains français d'aujourd'hui4. » Leurs lecteurs russes s'y

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