‹ La Culture française en RussieChapitre 383 sur 518 · Vessine, Le journalisme russe, p · texte numérisé non relu

Vessine, Le journalisme russe, p

4. Bibliothèque pour la lecture, article de Senkovski, cité par Piatkovski, Histoire de la culture russe, II, p. 355.

associent bientôt. Stassof raconte1 que, élève de l'Institut de Jurisprudence, il se nourrissait — comme tous ses camarades — de romans français, mais qu'il y cherchait moins les aventures de l'héroïne que les opinions de l'auteur. Au sortir de ces lectures, il se rencontrait, chez des amis, avec le professeur Olimpief, un pédant que son éternelle cravate blanche dénonçait au mépris des jeunes. « Il tombait sur la rhétorique et l'affectation de Hugo... Soit! lui répondais-je, mais il y a en lui des trésors que vous ne voulez ni voir ni comprendre, la flamme intérieure, la défense des abandonnés, des méprisés, des opprimés! » Puis, un jour, à propos de YAntony de Dumas, la discussion tombe sur les droits des bâtards. Olympief se fâche tout rouge, les vieillards crient, Stassof crie plus fort et démontre que « le fait social est absurde », et que « l'homme a rarement tort, mais le fait social toujours 2 ».

Encore plus que Sue et que Victor Hugo, George Sand est la propagatrice des idées nouvelles. D'abord, tous les conservateurs et tous les gallophobes lui font de la réclame par leurs plaisanteries sur Mme Spériodka (Dudevant), ses pantalons d'homme, ses gros cigares, ses soupers « à la table des pourceaux d'Épicure3 », sa prétention d'être « un honnête homme », qui, accueillie, « devrait faire voir en Lucrèce Borgia un parfait gentleman4 ». On la lit donc, pour son excentricité, pour ses opinions, et aussi, mais moins, pour la beauté de son style. « Il est la dernière de ses qualités, écrit le jeune Granovski à ses cousines, bien qu'il soit assez beau pour lui assurer une des premières places parmi les grands écrivains.... Je la crois le plus grand cœur de la littérature contemporaine... elle a pour elle son génie, ses souffrances qui lui ont souvent arraché de ces cris que le monde condamne, parce que ses oreilles sont

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