Skalkovski, A Paris, p
(liens de Tordre moral que de telles œuvres ne pouvaient avoir qu'un éphémère succès de scandale.
Pourtant, déjà dans les années quarante, quelques faits permettent de juger des résultats du georgesandisme. On connaît l'histoire de Botkine avec la modiste Armande, une Française de Moscou qu'il s'était mis en tête d'épouser, bien qu'en personne discrète, elle ne tînt pas au sacrement; mais il y tenait, lui, car il avait des principes, ceux de George Sand. « Voilà donc, répondait-il aux conseils de ses amis, voilà donc la fin de votre humanitarisme!... Exploiter une femme, jouir d'elle, puis la rejeter quand on est fatigué! Fi! » Il l'épouse donc, part avec elle pour le Havre, en voyage de noces, et, au débarqué, s'en sépare pour toujours. Le bruit courut qu'en route ils s'étaient disputés sur Jacques, toujours de George Sand1.
Mais ce n'est pas sur ces extravagances qu'il faut juger l'action du georgesandisme; à mesure qu'il a pénétré en Russie, il y est devenu comme un nouvel Évangile. Pour Dostoïevski, dans un article écrit beaucoup plus tard, George Sand est au premier rang des écrivains qui, « surgissant là-bas, dans le pays des miracles sacrés, ont attiré à eux, de notre Russie, une somme énorme de pensées, d'amour, de nobles élans, de vie et de convictions profondes... » Il parle ensuite de la beauté de ses types moraux, de sa poésie, mais revient, pour finir, à son influence humanitaire. « Tout ce qu'elle a apporté de paroles nouvelles, d'universellement humain, a trouvé un écho dans notre Russie; rien ne nous en a échappé2. »
Ce sont justement ces « paroles nouvelles » qui ont pris possession de la Russie nouvelle, et le reste n'a pas compté; Khomiakof remarque justement que les admirateurs de Melchior ont laissé passer, sans la lire, la Mare au Diable*. Nous verrons
1. Annenkof, Souvenirs et esquisses, III, pp. 182 et suiv. — Herzen, Œuvres posthumes,
2. Journal d'un écrivain, juin 1876. — Cf. Louis Mazon, Gontcharof*