Antiquité russe, XXVII, p
5. Camille Rousset, Histoire dç la guerre de Crimée, I, p. 80.
Notre intervention ruine les rêves généreux des slavophiles : « grâce à elle, écrit Khomiakof, on verra continuer les pillages, les meurtres, les viols, toutes les misères de nos frères en Bosnie et en Bulgarie1 ». Quant aux gallomanes — sans même parler de ceux qui, comme Mme Svetchine, voient dans tout conflit franco-russe « une guerre civile2», — ils ne nous reconnaissent plus dans « cette monstrueuse alliance avec l'Angleterre » ; ils en concluent donc « que la France n'est plus cette belle France qui, par l'éclat de sa littérature, l'urbanité, l'élégance de ses mœurs, la dignité et la splendeur de sa Cour, a longtemps servi de modèle à la civilisation : elle a été reniée, abjurée, traînée aux gémonies par les Français eux-mêmes. Ils ont brûlé ce que nous avons adoré. Comment notre admiration survivrait- elle à ce qui n'est plus 3? »
On voit pourtant, sur les glacis de Sébastopol, que tout le passé n'est pas mort. Les Russes trouvent que les Français font la guerre « plus délicatement 4 » que leurs alliés ; qu'ils mettent dans leurs rapports avec les blessés, les prisonniers, les combattants eux-mêmes, une sorte d'amitié instinctive. « Dans tout ce que disaient leurs officiers, raconte le capitaine Dechtchinski, il était facile de remarquer beaucoup de sympathie pour la nation russe5. » Les soldats, de leur côté, observent que « les Français offrent aux prisonniers, qui son tabac, qui sa ration de goutte6 » : que, par contre, ils bousculent les déserteurs, sauf quand ils les croient Polonais; et qu'alors, ils les traitent si bien « qu'au bout d'une demi-heure, ils ont l'air tout épanouis 7 ».
L'autre côté n'est pas en reste d'amabilités : aux suspensions d'armes, les officiers russes descendent de leurs bastions, offrent