Général Vanson, Crimée, Italie, Mexique, p
des cigares, prononcent des paroles courtoises, et non pas simplement, comme le veut Tolstoï, pour montrer qu'ils savent le français1, mais aussi pour accorder leur geste et leur langage avec leurs sentiments réels. Le feu repris, on s'efforce d'être humain; après un assaut repoussé, un témoin nous montre les glacis de Malakof couverts de blessés français que personne ne peut aller chercher. « Plus d'un cœur de soldat russe brûlait du désir de porter secours à ses adversaires de tout à l'heure;... le nuit venue, plusieurs soldats réussirent à leur porter à boire2. » Quant aux prisonniers, l'accueil ne leur laisse rien à désirer. « Vous saurez, ma bonne mère, écrit le capitaine Malafaye, que j'ai été, pour ainsi dire, fêté à Sébastopol. Les généraux et les princes rivalisaient de politesse, et les officiers subalternes se sont conduits avec nous comme des camarades3. » S'il en est ainsi, pourquoi se bat-on contre, et non pas les uns à côté des autres? « On disait de part et d'autre qu'il était fort malheureux que les circonstances de la politique nous eussent faits adversaires au lieu de nous faire alliés4. » Les Russes le sentent d'autant mieux que les alliés pour lesquels, jadis, ils ont versé tant de leur sang, leur tournent le dos maintenant. Le capitaine Dechtchinski et ses camarades passent par Berlin. « Cela nous affligea de voir que, chez une nation qui était notre alliée, ni les militaires, ni même la population, ni même le gouvernement, ne nous marquaient la moindre sympathie8. » Ce qu'il faut donc, c'est oublier les chicanes du passé, et ne retenir de la guerre, selon l'expression de Morny, « qu'un sentiment d'estime réciproque fondé sur les souvenirs d'une attaque formidable et d'une héroïque défense6 ».
î. Sébastopol en mai 1835, pp. 233 etsuiv. delà trad. franc.
2. Récit du colonel Plouchtchinski; Alfred Rambaud, ouvr. cité, p. 210.