Alfred Rambaud, p
6. Dépêche de décembre 1855. Due de Morny, Une ambassade en Russie,
Alexandre II le lui redit dans les mêmes termes *, Tannée d'après, et la société est si bien du même avis que lorsqu'une ambassade française assiste aux fêtes du couronnement, à Moscou, on* lui fait une réception fatigante à force d'enthousiasme. « Les mots « sympathie pour la France » finissent par me prendre sur les nerfs, tant on nous les répète. Le vent souffle ainsi2... »
On sait qu'il ne tarda pas à tourner; dès 1863, ces mêmes sympathies polonaises qui avaient rendu les rapports si difficiles de 1830 à 1848, brouillèrent encore les deux nations, au grand profit de ces « alliés » de la Russie si peu chauds en 1855. En 1866, en 1870, le gouvernement russe est le spectateur bienveillant et le complice des succès prussiens, à la vérité, sans en prévoir tous les effets3.
Au début, on pense, à Pétersbourg, que la lutte se prolongera, et qu'à un moment la Russie en sera l'arbitre. L'Empereur ne croit donc pas être imprudent en se laissant aller à son affection pour son oncle Guillaume; de leur côté, les dignitaires germano-baltiques, les ultra-conservateurs et, par un étrange accord, les libéraux cosmopolites affichent bruyamment leurs sympathies prussiennes. « Dans cette guerre, écrit Ivan Tourguénief , la civilisation et le progrès sont du côté de la Prusse \ » Mais le reste du public est pour la France, et nos premiers échecs ne font que fortifier cette disposition quasi générale. « Dans nos soi-disant « hautes sphères », écrit le censeur Nikitenko, on se réjouit. Mais dans la société, tout le monde est hostile aux Prussiens et sympathique aux Français5. » La crainte d'une Prusse agrandie y a sa part, sans doute; mais moins que certains souvenirs, « Malgré le despotisme napoléonien, la France est la terre des