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Antiquité russe, LXXIII; Journal de Nikitenko, août

progrès intellectuels et politiques. Nous avons pour le peuple français une sympathie instinctive parce qu'il a, le premier, travaillé à l'établissement de cet ordre politique et social qui renferme, sinon des modèles à imiter, du moins des matériaux qui aideront à la transformation des autres peuples4. » Sur quoi Nikitenko conclut, juste à l'inverse de Tourguénief, que « ce ne sont pas les Prussiens et les Français qui se battent, mais l'avenir et le passé. Le fantôme d'un conservatisme féodal, à la façon du moyen âge, se dresse sur l'Europe2 ».

Peu à peu, toutes les nuances de l'opinion se fondent dans le même sentiment. Pendant que, dans la Gazette de Moscou, Katkof dénonce l'ivresse germanophile d'une certaine coterie, Ivan Tourguénief bat sa coulpe et proteste contre les appétits de ses héros de la veille. « Les Alsaciens sont Français de cœur et d'âme; la langue n'a rien à y voir; » il croit, d'ailleurs, que « leur vanité et leur horreur de la vérité » ne permettront jamais aux Français de se relever3. Plus confiant* Dostoievski compte sur les épreuves pour les ramener « à une nouvelle vie, à de nouvelles pensées4 ». En attendant, il perd ses illusions sur les Allemands le jour où, à Dresde, dans une bibliothèque, il entend un savant vénérable réclamer, du haut de ses cheveux blancs, le bombardement de Paris 5. Mais, à vrai dire, il n'en avait jamais eu beaucoup, de ces illusions, et le jugement de Nicolas Tourguénief a plus de portée.

« J'ai toujours aimé les Allemands et les ai toujours considérés comme le peuple le plus civilisé du monde. Les circonstances ont fait que non content de les estimer, je les ai aimés. Le souvenir de nos professeurs de Gœttingue, celui de Stein, celui de l'accueil trouvé en Allemagne quand on nous persécutait dans notre pays, tout cela m'a attaché à elle : j'ai toujours désiré la voir unie, et toujours cru que son unité serait un gage de paix

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