Lettre à Maïkof, du 30 décembre
européenne.... Je me suis trompé. Les Allemands imitent Napoléon qu'ils avaient toujours maudit : c'est pour moi une amère désillusion l. »
Ce sentiment, on le manifeste autant que le permet le gouvernement. M. Thiers, en quête d'un appui, traverse Varsovie : « A la gare, dit-il dans un rapport, une foule immense m'attendait, recueillie, calme, silencieuse, le chapeau à la main, et ayant le tact de se taire pour ne pas me créer des obstacles 2 » . A Pétersbourg, les sympathies s'expriment même à la Cour, où le Grand-duc héritier et son entourage sont pour la France. Mais il n'en résulte que de bonnes paroles, des attentions délicates, des souscriptions en faveur des blessés français; telle quêteuse, qui est d'ailleurs une des actrices les plus aimées du Théâtre Michel, ne trouve pas de maison où l'accueil et l'offrande ne dépassent son espérance3; de sorte qu'on pourrait redire, en ces jours de deuil, les paroles de Morny, à Moscou, aux jours de gloire : « Jamais les Français n'ont été ainsi accueillis4». La Russie est assurément le seul pays capable de montrer si peu de rancune à des vainqueurs et tant dç sympathie à des vaincus.
Le drame se termine enfin par la signature des Préliminaires de Versailles. Alexandre II se hâte de féliciter son oncle, et de lui rappeler, en même temps, qu'il l'a aidé : « Je suis heureux d'avoir été en situation de vous prouver mes sympathies5.... » Pendant qu'il prend cette hypothèque sur la reconnaissance prussienne, ses sujets s'interrogent sur l'avenir. Nicolas Tourguénief pense que l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine va retarder pour longtemps la marche de la civilisation. Nikitenko n'y croit même plus, à cette civilisation. « Elle n'a fait que créer des armes perfectionnées et de nouveaux sophismes pour
1. Lettre du 2/14 juillet 1871. Sverbéief, Mémoires, I, p. 493494.
2. A. Sorel, Histoire diplomatique de la guerre franco-allemande , I, p. 400.