Archive Vorontzof, II, p. 361 et suiv
Après les laquais, cuisiniers, marchands, et avant les précepteurs, il faut faire une place aux Français qui sont venus en Russie avec un engagement plus ou moins officiel. Ce sont d'abord des artisans et des laboureurs que recrute une agence dont le chef, le Genevois Pictet, s'est installé à Hambourg, aussi loin que possible des autorités françaises \ Alsaciens ou Lorrains presque tous, ces kolonisty sont dirigés vers les terres désertes du gouvernement de Samara 2, mais beaucoup s'enfuient en route, à ce que prétend la légende, pour se faire précepteurs. Ceux qui arrivent à destination s'y confondent très vite avec les colons allemands, beaucoup plus nombreux qu'eux. On assure pourtant qu'encore aujourd'hui leurs noms, leur type et quelques mots de leur langue leur survivent.
Ce sont des Français d'une tout autre espèce que les acteurs. Nous en voyons arriver, sur l'appel de l'Impératrice, en 1741 d'abord, puis en 1754. Sous Catherine II, Corberon en trouve une troupe à Moscou; le jeune premier, Dugué, a du talent; la jeune première, Mme Pincemaille, de l'agrément. A Pétersbourg, à la même époque, on a la troupe que le surintendant des théâtres impériaux, Yélaguine, a recrutée à Paris par l'intermédiaire de l'acteur russe Dmitrevski et de Diderot 3.
Autre colonie artistique : sous Elisabeth, qui fonde l'École des beaux-arts, on voit arriver, pour y enseigner, le sculpteur Gillet, l'architecte Valois de la Mothe, les peintres Le Lorrain, Tocqué, Jean-Michel Moreau, François Lagrenée, etc. Ils forment des élèves, peignent des portraits, mais ne dotent pas la Russie d'œuvres importantes ; la seule qui comptera, ce sera la statue de Pierre le Grand, de Falconet, qui d'ailleurs s'enfuira de Russie, comme Blondel, avant le terme de son engagement 4.
1. Affaires étrangères, Russie, Mémoires et documents, XI, p. 157. — Archives des missions scientifiques, IV, p. 108.