Herzen, Œuvres, IX, p
Arrive 1870, et beaucoup de ces contempteurs de la France, non seulement retournent la tête, mais reviennent de la haine à l'amour, à l'amour intéressé, il çst vrai; car quelques-uns voient dans notre malheur l'occasion d'amorcer la révolution mondiale. En août, Bakounine proclame le décès irrémédiable de l'État français; en septembre, il explique aux Lyonnais que le moyen d'arrêter les Prussiens, c'est de proclamer l'anarchie l ; quand enfin la Commune éclate, il l'accueille avec une joie tempérée seulement par la crainte du modérantisme de ses chefs : « Delescluze, Flourens, Blanqui lui-même, me donnent de sérieuses inquiétudes2 ». Puis, quand les choses se gâtent, il espère encore en la vertu d'un bel exemple : « Les Parisiens ne périront pas inutilement ; qu'ils fassent sauter Paris s'il le faut3! » et bien que Paris ne saute pas, son espérance n'est pas tout à fait trompée. « Le jeune Russe, écrit Tikhomirof , suivit palpitant les péripéties du drame qui se déroulait sur les bords de la Seine. Il vit couler le sang; il entendit les cris déchirants des femmes et des enfants mitraillés sur les bastions. Pourquoi ces gens-là mouraient-ils? pour l'émancipation de l'ouvrier, pour la grande idée sociale 4 ! »
On compte, d'ailleurs, malgré la réaction qui suit la Commune, que « la France reprendra la tête du mouvement5 ». Bakounine, après les élections de 1876, déclare « la liberté sauvée, cette fois encore, par le grand peuple français 6 ». Mais la République qui sort de ces élections est une République bourgeoise, anarchique peut-être, mais nullement anarchiste : on raille donc son opportunisme, on s'indigne de son « wilsonisme », de son « panamisme ». « Jamais on n'a vu, s'écrie le prince Krapot-
i. Correspondance, p. 345 et suiv.
2. Lettre du 5 avril 1871. Dragomanof, ouyr. cité, pp. 345, 346.