Nouveau Temps, 1906. — Cf. Ghtchédrine, p
7. Diedlof, Lettres de V Exposition ; Ivan Strannik, Les Mages sans étoile, etc.
meneuses demi-nues dont on parle à Moscou? — Qui sont ces gens qui crient? Des camelots ! on les croirait sortis de l'Enfer, de Dante * . — Allons au restaurant ; nous y mangerons du dendo, du perdro, du tiourbo*. — Dieu! quelle toilette!... Chez nous on sait faire la jupe; mais mon chapeau est trop timide. » Et dès le lendemain, Madame commence le tour des grands magasins : « Que tout y est donc bon marché3! » — tandis que Monsieur visite la Chambre, les musées, Dieu sait quoi encore! Il faut bien qu'il se documente, et ne croyez pas que ce soit pour son plaisir. Les Chato-de-fler dont la Russie fourmille conviennent mieux à sa « large nature » ; les nôtres lui semblent froids, étriqués, et d'ailleurs un peu chers pour les souvenirs qu'il en garde 4.
C'est qu'en effet les aristocrates qui dépensaient sans compter sont moins nombreux que jadis : l'élément qui grandit maintenant, c'est celui des roturiers. Voici le marchand que l'humoriste Leikine nous montre sur la tour Eiffel, datant d'à côté du paratonnerre la carte postale, où il décrit aux amis de là-bas sa lutte contre l'aigle qui veut ravir une plume au chapeau de sa femme. Voici enfin la jeunesse qui jadis laissait Paris à « la haute ». De Heidelberg à Zurich, puis à Genève, elle a glissé jusqu'au boulevard Saint-Michel qu'étonnent ses cheveux incultes et ses longs plaids jaunâtres. Mais bientôt la plupart émigrent vers les Gobelins où ils passent le temps à boire du thé en arrêtant les détails de la révolution prochaine; quelques-uns courent Paris, s'habillent à la Belle Jardinière, se font élaguer barbe et cheveux, travaillent ou ne travaillent pas, mais notent des impressions qui nous diront si la Russie nouvelle pourra s'accommoder de nous aussi bien que celle du « despotisme ».