‹ La Culture française en RussieChapitre 408 sur 518 · Pétrof, Les Busses à Paris, pp. 220, etc · texte numérisé non relu

Pétrof, Les Busses à Paris, pp. 220, etc

Avant 1870, tous les jugements sur Paris des intellectuels russes tiennent de ceux de Herzen1. Tourguénief n'y voit que des grilles gardées par des zouaves ce à face bestiale » — c'est le repaire du bandit! — puis des théâtres, des cafés, des rues bruyantes d'où s'élèvent, dans des relents d'absinthe et de poudre de riz, des voix éraillées de cocottes2. Dostoievski, lui, s'en prend aux bourgeois parisiens. Ils crèvent d'orgueil : « dès qu'ils ont un ruban rouge, ils vous crachent au nez, ou peu s'en faut » . Ils sont charlatans ; tel boutiquier vous fait gaspiller 60 francs quand vous n'en vouliez dépenser que dix. Ils sont bavards : leur Jules Favre vaut ce gardien du Panthéon qui clame devant la tombe de Jean-Jacques : « Ci-gît l'homme de la nature et de la vérité! » Ils sont cupides : « avoir le plus possible d'argent, c'est leur code moral; ils n'ont aucune conviction ». Ils n'ont pas de mœurs non plus, et ils s'en vantent; tandis qu'en Russie, un « noceur » n'est qu'un « vaurien bien nourri », en France, il se croit une vocation d'en haut, il pose pour le type national. Et le tableau finit par l'évocation des trois personnages dont l'inévitable conjonction forme le ménage français, Bribri, l'époux, Mabiche, l'épouse, et Gustave, le moins heureux des trois3.

Ces informations, Dostoievski les a jugées lui-même quand il a prévenu son lecteur, en commençant, qu'il « radoterait effroyablement4 ». Il n'était pas riche; il lui fallait, pour vivre, noircir beaucoup de copie, et comme il n'avait pas le Diable boiteux pour lui soulever le toit des maisons, force lui était de délayer des réminiscences de Paul de Kock. Il l'a donc fait, pour le plaisir du lecteur5, qui veut qu'une correspondance de

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