‹ La Culture française en RussieChapitre 410 sur 518 · Lettres, III, p · texte numérisé non relu

Lettres, III, p

Sorbonne, où il entend « une leçon dénuée de qualités sérieuses, mais amusante par le charlatanisme, les phrases, l'aimable étroitesse d'esprit de l'orateur, la sympathie enthousiaste du public1 ». Il voit ensuite défiler les troupes qui reviennent de Crimée; il les trouve belles et songe avec tristesse aux pauvres diables de miliciens que, quelques mois plus tôt, il conduisait à la rencontre de ces Français si bien nourris. A l'Hôtel-Dieu, il admire les religieuses, en s'étonnant « que de pareilles fleurs puissent croître sur le sol pourri du catholicisme ». Il assiste enfin aux audiences des tribunaux, apprécie l'intégrité certaine des juges, et les garanties — au moins relatives — que la loi concède aux accusés. Mais quelque cérémonie qu'il voie, quelque institut qu'il visite, sa curiosité n'est pas satisfaite : il veut aborder le monstre, connaître les Parisiens, les Français.

Dans la rue, ils ont F air aimable; leur foule est joyeuse et polie. « Même le personnage d'importance ne s'adressera pas au simple moujik sans l'appeler Monsieur! Ni l'origine ni la richesse ne rompent cette égalité des conditions qui est entrée dans le sang des Français 2. » Mais les voir dans la rue n'est pas assez : Aksakof se fait donc présenter dans quelques salons par Ivan Tourguénief \ On l'y reçoit fort bien, mais non sans que son patriotisme inquiet croie discerner, dans cet accueil, une nuance de dédain. « Les Français sont très aimables avec nous, mais comme un homme du monde, bien élevé, avec la campagnarde qu'il aurait invitée à son bal4. » Il cause pourtant, mais bientôt, comme Dostoievski, comme Gogol, il est rebuté par la tournure que prend la conversation. « A causer avec un Français, vous vous sentez vous vider, vous rapetisser; aucune pensée profonde ne vous vient plus.... Vous étouffez parce qu'ici l'atmosphère morale, intellectuelle, est mesquine, étroite; que

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