‹ La Culture française en RussieChapitre 414 sur 518 · Id., II. p · texte numérisé non relu

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Le reste, c'est ce que Dostoievski et Aksakof n'avaient pas trouvé chez nous, ce que Tourguénief continue à n'y pas trouver. On sait comment il y est revenu en 1871, « pour suivre les Viardot », disait-il à ses amis russes. En fait, ses sentiments étaient très compliqués. Entre compatriotes, il jugeait « avec une liberté toute filiale » la vanité, l'ignorance et la mesquinerie des Français en général et des Parisiens en particulier1. Mais parfois son humeur changeait : « Ce scélérat de Paris, je l'aime pourtant! », s'écriait-il alors, et quand on lui citait ses jugements de la veille, il ne les reconnaissait plus : « Ce sont des phrases toutes faites que vous me débitez là ». Même sur le chapitre de la femme et de l'amour, il nous défendait : « C'est la mode, chez nous, d'éreinter les Français à ce sujet; moi, je vous affirme que la famille française a des bases bien plus solides que la nôtre2 ». Mais ne sont-elles pas solides simplement parce qu'elles sont étroites? Un de ses derniers projets fut un roman où il aurait montré un Français intelligent, passionnément épris, se brouillant avec sa fiancée russe faute de comprendre ses aspirations vers l'idéal3; c'aurait été, à peu près, la crise que depuis nous avons vue au théâtre dans les Oiseaux de passage. Conflit d'opinions sans doute, mais encore plus conflit de cultures et de races. Le Français sort, en effet, d'une famille de paysans prudents, un peu ladres; la Russe, d'une famille noble habituée à l'imprévoyance : chacun transporte en amour sa mentalité, et la brouille s'ensuit naturellement. Qui vaut le mieux, d'ailleurs, de la prudence ou de l'audace? Tourguénief ne serait pas Russe si sa réponse hésitait : les Français lui semblent rétrécis, usés, dans leur vie privée comme dans l'autre. « On dirait qu'ils ont achevé leur cycle de civilisation : satisfaits de ce qu'ils ont produit, ils se sont figés

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