‹ La Culture française en RussieChapitre 418 sur 518 · Elisabeth Diakonova, Journal · texte numérisé non relu

Elisabeth Diakonova, Journal

Revenez en Russie, vous y serez envahi, écrasé par l'ennui4. » Revenez en France, au contraire; ce sera, selon l'expression déjà vieille du peintre Aïvazovski, « le salon après la cave2 ». En définitive, après deux siècles — c'est en 1708 que Matviéief a fait à Paris le premier voyage qui compte — l'impression n'a pas changé. Les Russes connaissent le monde maintenant; la facilité des voyages leur a rendu toutes les comparaisons possibles; pourtant, non seulement Paris continue à être la Ville par excellence pour ses vieux clients de la noblesse, mais il la devient pour tout un monde nouveau qui s'élève. On l'invective, mais on y vient, on y revient, et souvent on y reste, comme autrefois, pour son entrain, sa sociabilité, sa liberté. « C'est la seule ville, disait Dostoievski, où l'on puisse être misérable sans souffrir3. » — « C'est la seule où l'on vive », disait Marie Bachkirtsef. C'est la seule, en tout cas, où le Russe sente glisser de ses épaules le fardeau de tristesse et d'ennui qui l'accablait chez lui.

1. Mérejkovski, Sur les nouveaux courants de la littérature russe, p. 14.

2. Antiquité russe. Cf. Souvenirs d'Alexis Pletnief, dans le Messager historique, de mars 1907.

3. Lettre à Maïkof, 9-20 octobre 1867. — Cf. Balmont, Les sommets des montagnes, p. 127, à propos de la mort d'Oscar Wilde au quartier latin. — Cf. le Nouveau temps du 7-20 avril 1913, Quelques jours à Paris.

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