Archive russe, 1866, p
l'assaut, on verra, en tête des colonnes d'attaque, des Richelieu, des Damas, des Langeron.
L'administration est le domaine des Allemands; il y faut savoir leur langue et même un peu de russe. En fait de Français, pour réunir tant de connaissances, il n'y a que des Strasbourgeois, ex-précepteurs qui, déjà bilingues à leur arrivée en Russie, n'ont pas reculé devant l'acquisition d'une troisième langue. Nous trouverons des Nikolaï et des Koch au ministère des Affaires étrangères, où leur français leur assure une brillante carrière *.
A de rares exceptions près, ces Français manquent de prestige. Les soupçons qui pèsent sur quelques-uns sont facilement étendus à tous les autres par la malignité russe qu'aide d'ailleurs la malignité française. Si parfois les Français de Russie s'entr'aident — Thesby de Belcour, sans ressources à Moscou, y est recueilli par des compatriotes 2 — , le plus souvent ils se jalousent et se dénigrent. « Ils se dévorent les uns les autres, écrit Diderot; aussi les méprise-t-on... c'est la pire canaille qu'on puisse imaginer 3. » Les Russes, naturellement, se félicitent de ce qu' « en se rendant mutuellement et publiquement justice, nos aventuriers les mettent à couvert de leur fourberie 4 ». La cause la plus fréquente de ces divisions, c'est la jalousie commerciale. Un grand incendie dévaste le port de Pétersbourg. « La veille, Billot avait fait passer le pont à son vaisseau. Celui de Raimbert avait pris sa place, et ses neveux, en le voyant brûler, s'écriaient : « C'est Billot qui brûle! » Tu peux juger par cet exemple de la cordialité qui règne entre commerçants français 5 » . Mais les commerçants sont-ils seuls
1. Antiquité russe, 1871, IV, pp. 170-171.— Kobéko, Le Csarévitch Paul Pétrovitch, p. 55.