‹ La Culture française en RussieChapitre 420 sur 518 · Ivan Strannik, Les Mages, sans étoile · texte numérisé non relu

Ivan Strannik, Les Mages, sans étoile

Quant aux modes des darnes, on nous dit que le costume tailleur est fort apprécié à Pétersbourg ; que telle Impératrice, élevée à l'anglaise, propage des élégances conformes à son éducation. Il se peut : pourtant le magasin de m®des qui se fonde et veut conquérir la clientèle annonce « une ex-coupeuse des grands magasins de Paris 1 » et s'affuble d'une enseigne française, d'ailleurs souvent mensongère : combien de boutiques « Au bon travail! » n'ont jamais été tenues que par des Yéra Pavlovna2! Aussi le mieux est-il, comme par le passé, de s'approvisionner à Paris. Que de malles pleines on en rapporte, en dépit de fantastiques droits de douane, et quel triomphe quand on exhibe leur contenu! — « Ah! quelle jolie mantille vous avez là! — Oh! elle est très simple... c'est de Mme Baudran. — On le voit tout de suite. De chez Mme Baudran! Qu'elle est jolie! quel goût3! » Depuis cinquante ans, ce dialogue n'a pas vieilli. Il faut lire, dans le Journal de l'étudiante Diakonova, le récit de sa visite chez Paquin où l'a envoyée une tante de Moscou ; chaque ligne y respire l'ivresse où la jettent ces merveilles, et son orgueil de se sentir, au milieu d'elles, plus sûre de son goût que toute une tribu d'Anglaises4. Et quand Paquin meurt, un peu plus tard, les grands journaux russes lui consacrent presque autant de place que nos feuilles du boulevard, et c'est justice s; n'était-il pas, hors de France, le moins contesté de nos artistes?

En définitive, la différence avec le passé, c'est d'abord que maintenant la mode française arrive plus vite. Ivan Aksakof calculait, en 1856, qu'il lui fallait une année pour le voyage; elle est réduite maintenant à quelques semaines, et le jour

Page 1