‹ La Culture française en RussieChapitre 421 sur 518 · Elisabeth Diakonova, Journal, pp, 65 et suiv · texte numérisé non relu

Elisabeth Diakonova, Journal, pp, 65 et suiv

5. Voir notamment le Nouveau Temps : « Quoi que fassent Vienne et Berlin, Paris restera la capitale du chic », etc.

approche où la Russie sera de la mode du lendemain. C'est aussi que, toujours grâce à la facilité nouvelle des communications, l'attraction française se fait sentir plus loin, plus profondément. Nos nouvelles clientes sont aussi zélées que celles d'autrefois : seront-elles aussi fidèles, c'est le secret de l'avenir.

Mais la plus caractéristique des modes, c'est toujours celle qui impose l'emploi du français : continue-t-elle? Jusque vers 1880, on ne remarque guère de changement à cet égard. Sous Alexandre II, le français paraît plutôt en progrès : le terrain que perdent les barons baltiques, à la Cour, est en effet gagné, partie par des Russes ou des Polonais (du moins jusqu'en 1863), d'éducation française; partie par des Orientaux, princes géorgiens ou arméniens, qui s'assimilent cette éducation avec une surprenante rapidité1. Même dans des milieux roturiers, on apprend le français, et la noblesse se plaint que la concurrence des marchands fasse enchérir gouverneurs et gouvernantes2. Aussi le russe n'est-il encore, dans beaucoup de milieux, que d'un emploi exceptionnel.

« Quand on était présenté à une dame, dans la bonne société, la politesse faisait un devoir de lui adresser la parole en français : agir autrement eût été supposer qu'elle ne connaissait pas cette langue, ce qui n'eût pas été courtois. Quand on s'apercevait qu'elle ne parlait pas français (ce qui était rare et dénotait une naissance bourgeoise ou plébéienne), on devait chercher une occasion habile pour passer au russe, afin de ne pas froisser son interlocutrice 3. »

A plus forte raison les Russes s'en tiennent-ils à leurs habitudes quand ils sont à l'étranger. En Allemagne, comme au temps où Sverbéief et ses amis polonais étaient insultés, à Hambourg, par les gens qui entendaient leur conversation française 4, des généraux mis en scène par Tourguénief, à Bade,

i. Comte Vassili, ouvr. cité, I, pp. 15, 26, 27, 49.

2. Antiquité russe, Souvenirs de Mme Neviédomskaia-Dinar, etc.

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