‹ La Culture française en RussieChapitre 422 sur 518 · Sverbéief, Mémoires, 1, p · texte numérisé non relu

Sverbéief, Mémoires, 1, p

sont reconnus pour Russes, « quoiqu'ils parlassent français, ou plutôt parce qu'ils le parlaient1 ». Tourguénief lui-même, le plus germanophile des Russes, avoue à ses amis de Bade, en rougissant, qu'il pense plus librement en français que dans leur langue8. Pour cette génération, non moins que pour la précédente, le français est toujours « la langue de l'Europe ».

Il y a pourtant un courant contraire. Les généraux de tout à l'heure, aussitôt qu'ils rencontrent Litvinof, se mettent à parler anglais, pour marquer la distance qui les sépare d'un gentilhomme non titré et non gradé. Puis, en 1870, les adorateurs du succès déclarent que le français sera désormais inutile. « Je vous écrirai en russe maintenant, annonce à son oncle un neveu de roman fantaisiste... j'espère que vous me comprendrez. Les Français sont indignes qu'on parle leur langue, tellement ils sont tombés aux yeux de tout homme qui se respecte. » Et l'oncle de promener sa lettre, et les salons de s'exclamer « Comme cest juste! »; tout cela en français, bien entendu3. A vrai dire, on en resterait simplement au statu quo, sans l'avènement d'Alexandre III qui, nationaliste, tient au russe, et, plus tard, sans le mariage de Nicolas II, qui fait gagner quelque terrain à l'anglais : de l'intimité impériale, il gagne la Cour. « Comment irais-je à cette réception? dit telle personne titrée et cultivée.... Je ne sais que le français et le russe. Je serais trop sotte! »

On a pu craindre, un moment, que la facilité de la syntaxe aidant, toute la jeunesse ne se jetât dans l'anglais. Il est pourtant visible aujourd'hui que l'étude de l'anglais n'a dispensé personne de l'étude du français4. Si celui-ci a reculé, c'est au profit du russe. Dans un salon très distingué, on entendra aujourd'hui des phrases françaises, des mots anglais, plus rare-

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