‹ La Culture française en RussieChapitre 423 sur 518 · Novikof, livre cité, p · texte numérisé non relu

Novikof, livre cité, p

ment des mots italiens ou allemands; c'est une très grande élégance que de sauter ainsi d'une langue à l'autre, et à vrai dire, il en était déjà de même en 1829, au grand désagrément des personnes mûres dont la mémoire n'était plus très fraîche4. Mais, en ce temps, on revenait toujours au français; maintenant, c'est dans le russe que l'on retombe.

Le français de jadis n'était pas toujours fort correct; il l'est encore moins maintenant. Les fautes d'orthographe pullulent; dans les années soixante, le futur Alexandre III télégraphie à sa fiancée que « les nouvelles sont mauvais^2 ». En même temps, l'argot envahit les conversations, et le satirique Chtchédrine assure que le français des Pompadours — c'est-àdire des courtisans, — « est un mélange incompréhensible de la langue des cafés chantants avec celle des cocottes 3 ». Après 1870, notre théâtre et nos journaux quotidiens apportent leur contribution à ce nouveau dialecte; au grand scandale des dames, le jargon « sauvage et bas » du boulevard remplace, dans la bouche de beaucoup d'hommes, les fadeurs du xvme siècle, si goûtées jadis. « La langue de Voltaire, assure un spirituel journaliste, est aussi vieille maintenant que celle de l'Évangile d'Ostromir... toute la littérature et tous les Parisiens parlent argot. » Il enseigne donc à ses compatriotes arriérés qu'il faut traduire ditia, non plus par enfant, mais par gosse; inostranetz, étranger, par rasta; diengui, argent, par galette; oudivliatsa, s'étonner, par être baba; maniernitchat, faire des manières, par faire du chichi*, etc.

De ce bariolement grotesque de la langue on conclut assez volontiers que la fin de son prestige est proche. C'est là une

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