‹ La Culture française en RussieChapitre 424 sur 518 · Prince Krapotkine, Autour d'une vie, p · texte numérisé non relu

Prince Krapotkine, Autour d'une vie, p

3. Chtchédrine, Les Pompadours, p. 304. Cf. le français que, dans Démons, Dostoïevski fait parler à son Karmazinof; celui que Tourguénief prête à Pan chine, dans Nichée de gentilshommes (J'crois bin!), etc.

4. Skalkovski, A Paris, pp. 171, 303, etc. — Voir la dissertation de Diedlof (Lettres de VExposition) sur le sens réel du mot épatant.

conclusion prématurée. Les Russes s'amusent de l'argot comme nous nous en amusons; il est une des formes, et pas toujours la plus sotte, de cette plaisanterie française dont le monde a besoin1. Il a le défaut, il est vrai, de donner parfois à notre langue « l'air canaille » dont parle Marie Bachkirtsef à propos de Paris 2, et que tant de gens sont intéressés à dénoncer en tout ce qui est français : cependant, si notre langue recule, ce n'est pas à cause de galbeux et d'épatant, mais parce que le russe monte, et dans l'éducation, et dans la littérature, et dans l'estime des étrangers, et, par conséquent, dans celle des Russes; parce qu'enfin, dans la société qui, en s'agrandissant, s'est renationalisée, on n'a plus besoin d'une langue internationale et de « ces formes stéréotypées qu'à Pétersbourg on tient pour françaises, pour russes dans le reste du monde, et qui ne sont ni l'un ni l'autre3 ».

Jadis la popularité de notre langue était entretenue par celle des divertissements dont le modèle ne se trouvait qu'en France. Or, déjà dans les années soixante, ils étaient démodés : Tourguénief nous y fait assister à une soirée d'aristocrates qui, pour tuer le temps, essayent de jouer au secrétaire, mais les réponses ont si peu de sel et tant de fautes d'orthographe qu'ils laissent les petits papiers pour causer de la Patti, du dernier roman d' A bout, et de certaines illustrations du demi-monde sur lesquelles tous les hommes présents se découvrent également documentés 4. Mais quand on en a fini le tour, la conversation languit, tout comme le secrétaire; il faut, pour la ranimer, l'arrivée d'un bel-esprit parisien, Msieu Verdier.

« II n'y avait pas de fadaises tirées des vieux almanachs du Charivari et du Tintamarre que ce bouffon ne fît avaler à ces princes russes, et ces

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