Souvenirs de Mlle Delaporte
sables de cette baisse du répertoire, mais avec cette excuse que, dans leur mauvais goût, ils sont d'accord avec les Français. A Paris aussi, la Belle Hélène et Pattes de mouche font plus de recettes que Polyeucte et le Misanthrope.
Après Alexandre II, le recul se dessine davantage. Ce n'est toujours pas que la troupe soit médiocre; on se plaint parfois, il est vrai, de la faiblesse de quelques premiers rôles, mais, dès qu'ils sont partis, on ne manque pas de les déifier comme on a déifié leurs devanciers1; d'autre part, on loue volontiers l'ensemble que font ces artistes, et l'on souhaite aux acteurs et aux actrices russes « la conscience scénique des Français qui savent leur rôle, leur art, non seulement de le dire, mais encore de se taire et d'écouter en scène, leur discipline professionnelle qui fait que chacun d'eux prend au sérieux la tâche qui lui incombe2 ». Mais, plus que jamais, on s'en prend à leur répertoire. « Il était autrefois, dit le Nouveau Temps, plus littéraire, plus artistique. La comédie pornographique, la farce salée, l'opérette idiote y ont trop de place maintenant. Jadis second Théâtre-Français, le Théâtre Michel tend à n'être plus qu'un second Palais-Royal. » Boubouroche, le Gendarme est sans pitié, le Premier mari de France, Leurs Çfigolettes, Un fil à la patte, etc., scandalisent le gallomane à la mode ancienne qui voudrait croire encore à la valeur éducative de notre scène. « Le provincial qui, se rappelant le Théâtre Michel de ses jeunes années, amènerait maintenant ses filles à cette école de l'élégance et du bon goût, serait probablement peu satisfait d'y voir les cavaliers circuler sans pantalon, et les dames exhiber des corsets delà meilleure faiseuse, des jupons de soie et leurs bas, du point de départ au point d'arrivée 8. »
C'est probable, en effet, mais qui donc préfère Boubouroche