Mme Kochkina, dans la Culture {Obrazovanié), avril
en ces dernières années, ce n'est guère l'usage de travailler sérieusement avec ce lecteur. Le résultat, c'est que maintenant, dans toutes les professions qui supposent la culture, il y a majorité de gens qui ne connaissent la nôtre — quand ils la connaissent ■ — que par des traductions.
La cause de cette faillite des programmes est double.
D'abord, le Russe n'a pas autant qu'on le croit le don des langues; il les apprenait jadis, quand des précepteurs de toute nationalité les lui serinaient tout le jour; élève d'un gymnase, il retombe à peu près au niveau de l'élève d'un lycée français. Ensuite, il s'en faut qu'il soit toujours appliqué; la récente crise politique l'a montré occupé de bien autre chose que de ses études. Enfin, il n'est pas exempt, à l'égard du maître étranger, de cette instinctive xénophobie que ressentent les écoliers de tout pays. Dans un gymnase de l'Oural *, le voyageur Paul Labbé entend une explosion de cris sauvages. « C'est votre compatriote qui entre en classe! » explique le directeur. De la même façon, Francisque Sarceynous a dépeint, jadis, une classe d'anglais faite à Paris par un Anglais devant lequel les élèves jouaient au cheval fondu 2.
Les maîtres, de leur côté, laissent parfois à désirer; si le temps des aventuriers suspects est passé, — tel procès récent ne prouve rien à cet égard — celui des pédagogues habiles n'est peut-être pas venu partout. Braves gens, instruits, sensibles à l'honneur d'enseigner leur langue et très désireux de la répandre, nos représentants dans l'enseignement officiel n'ont pas toujours, vis-à-vis des élèves, d'une part, des directeurs et des inspecteurs, de l'autre, toute l'autorité qu'il faudrait pour remonter un courant créé par tant de légendes fâcheuses. A certains d'entre eux, il faut une rare patience pour rester au service russe jusqu'à l'âge tant rêvé de la pension.