‹ La Culture française en RussieChapitre 44 sur 518 · Gorberon, I, p · texte numérisé non relu

Gorberon, I, p

ne parlent qu'en termes émus. Nous verrons pourtant qu'il n'a pas très bien fini, et que, devant ses grâces exubérantes, c< on a quelquefois haussé les épaules1 ».

Les Russes, en effet, malgré leur simplicité supposée, savent discerner le côté faible d'autrui, et le censurer sans mesure. « Tu n'imagines pas, écrit Corberon, combien la société russe est difficile... si on se livre à elle, on est déchiré.... J'en ai prévenu le marquis, mais il a été séduit, enchanté, et a cru que je voulais le dégoûter de ce pays2. » Il partira donc de Russie, ce naïf, sans se douter qu'un long murmure le suit, non de regrets et d'admiration, mais de sarcasmes contre la présomption française.

Qu'importe, pourra-t-il dire, si mes censeurs ont été les premiers à vouloir attraper mon air! C'est la sottise, en effet, qu'on imite le plus souvent, mais c'est le contraire qui en impose. « Je m'efforçai, raconte le duc de Richelieu, à me donner dans mon maintien, mes occupations, mes paroles, dix ans de plus que mon âge; à tromper la nation russe en lui faisant croire qu'il existait un Français mesuré dans ses manières, modéré dans ses discours; approbateur plutôt que frondeur3. » Un Français aussi rare valait sans doute qu'Alexandre le fît gouverneur de toute la Russie du Sud! Richelieu n'y trompa aucune des espérances fondées sur lui, et d'ailleurs avait-il jamais trompé la Russie? En mettant ce qu'il appelle son masque, il n'avait fait que revenir à notre « honnête homme » du xvne siècle.

Il y a enfin des Français qui ne viennent à Pétersbourg, comme l'écrit Grimm à Catherine II, que pour y admirer « un certain phénomène brillant qui s'y observe constamment4 »,

1. Corberon, II, p. 392. — Antiquité russe, LXXIII, pp. 275-312, 541-573. — Sainte-Beuve, Lundis, VIII, pp. 234-273. — Voir plus loin, p. 81.

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